3ème CONFÉRENCE GÉOSTRATÉGIQUE DES FORCES ARMÉES BÉNINOISES

Dans le cadre du développement des capacités d’analyse et de réflexion stratégique du personnel officier, il a été institué par le Général de Brigade Laurent AMOUSSOU, Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées Béninoises, des conférences bimensuelles à l’occasion desquelles des personnes ressources – universitaires, autorités civiles et militaires – entretiennent un auditoire représentatif de toute l’institution militaire sur des thématiques aussi variées que la sécurité, la défense, la stratégie, la géopolitique. A la suite des communications magistrales, des échanges interactifs de type questions-réponses, contributions et témoignages viennent meubler la conférence. C’est l’amphithéâtre Gaston COOVI de l’Etat-Major des Forces Armées Béninoises qui sert de cadre à ces échanges de haute volée et l’édition de juin 2017, la 3ème du genre, s’est tenue le vendredi 23 Juin sous la supervision du Colonel Fructueux GBAGUIDI, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre et en présence de nombreux officiers supérieurs dont le Colonel Maxime AHOYO, Préfet Maritime du Bénin. Cette conférence a connu la participation de deux intervenants : le Lieutenant de vaisseau Jean-Michel Ly SIOU CHING-KERNEIS, Officier Cyber des Éléments Français au Sénégal sur le thème « Sensibilisation sur la cybercriminalité » et le Docteur Marcel Ayité BAGLO, Directeur de l’Agence Nationale de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers, qui a entretenu l’auditoire sur la « Politique béninoise de gestion des frontières ».
A travers la première communication portant sur les techniques de protection et de défense face à la montée en puissance de la cybercriminalité, le lieutenant de vaisseau Jean-Michel Ly SIOU CHING-KERNEIS a invité l’assistance à mesurer l’ampleur de l’envahissement de notre quotidien par les technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette extrême dépendance vis-à-vis des e-services, de la téléphonie mobile, du GPS, des systèmes inter- connectés, reflétant les avancées des TIC, n’est pas sans risque. Il a ensuite énuméré les multiples risques et les lourdes et insidieuses conséquences qui pèsent sur les usagers que nous sommes tout en insistant sur le fait que l’Afrique connaît une croissance du nombre d’attaques cybernétiques subies chaque année. Il s’agit notamment de piégeage de supports, de vol d’ordinateur portable ou de supports amovibles, de vol de contacts, de documents sensibles ou de don- nées personnelles, de prises d’empreintes passives ou actives. Pour des pays comme le Bénin, sécuriser davantage les communications devient donc un impératif pour tous les usagers des TIC en général et pour le personnel militaire en particulier. Il est d’une impérieuse nécessité que soit bâtie ou renforcée une politique nationale de sécurité cybernétique rigoureusement sui- vie par tout le personnel, ceci, dans le but de protéger aussi bien l’institution que le personnel. En sus, des dispositifs sécuritaires à ériger, il importe que tous les personnels intègrent des réflexes simples à leur utilisation quotidienne de l’ordinateur, de l’internet et des réseaux sociaux : adopter des mots de passe robustes, éviter les sites à risque, limiter les publications.
La seconde communication relative à la « Politique béninoise de gestion des frontières » est partie du constat que depuis l’indépendance le Bénin a fait face à un déficit de capacités techniques et organisationnelles de gestion et de sécurisation de ses frontières. Toutefois, dans un environnement ouest-africain marqué par des menaces sécuritaires telles que la pauvreté et le chômage, la mauvaise gestion des ressources naturelles, la prolifération des armes légères de petit calibre, les rebellions armées, les pandémies et les catastrophes naturelles, les trafics de tout genre, l’extrémisme religieux et la radicalisation, le terrorisme, il urgeait de changer de fusil d’épaule. C’est ce qui a conduit à la création en 2009 de la Com- mission Nationale des Frontières qui se muera plus tard en Agence Béninoise de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers. En effet, les espaces frontaliers terrestres qui touchent 10 départements sur les 12, 36 communes sur les 77 que compte le Bénin pour un total de 90 arrondissements environ, sont sujettes à un paradoxe : elles regorgent d’énormes ressources (forestières, animalières et minières) mais comptent parmi les zones les plus enclavées et les plus déshéritées du pays. Dans le domaine de la sécurisation, la méconnaissance de la ligne frontalière a, par le passé, conduit à l’annexion de localités béninoises par les pays limitrophes. Les efforts de longue haleine, entrepris par la Commission puis l’Agence dans le cadre de la délimitation-démarcation-réaffirmation de la ligne frontalière, ont abouti à la rétrocession de nombreuses localités jadis litigieuses ; les populations des confins qui souffraient de l’angoissante absence de l’Etat se sentent de plus en plus sereines et fières d’appartenir à une Nation. Et pour assurer davantage leur sécurité, l’Agence a initié la création de l’Unité Spéciale de Surveillance des Frontières (USFF) de la Police Nationale qui a reçu pour mandat d’appuyer les commissariats frontaliers et les postes avancés et de patrouiller le long de la ligne frontalière. A la faveur d’une question d’un participant, le conférencier a insisté sur l’importance du dialogue et de la coopération transfrontalière qui permettent d’assurer une coexistence pacifique des peuples et l’intégration des Etats. Aux termes des échanges, il est apparu évident aux participants que, même dans un contexte d’intégration régionale et de globalisation, la politique de gestion intégrée des espaces frontaliers est d’une importance capitale dans la survie de notre nation et celles-ci vont bien au-delà des seules frontières terrestres, puisque les frontières maritimes et aériennes présentent des défis encore plus grands. Il faut ajouter que la pause observée entre les deux interventions a permis à l’auditoire de découvrir une publication, œuvre du Capitaine Abdel-Aziz ALI OROU. Cet ouvrage bilingue dédié à l’exercice de Thème et Version, autorisé de publication par le Ministère de la Défense Nationale et préfacé par le Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre ambitionne de combler aussi bien les attentes du personnel militaire, paramilitaire que celles du monde universitaire.
Les communications du Lieutenant de vaisseau Jean-Michel Ly SIOU CHING-KERNEIS et du Docteur Marcel Ayité BAGLO ont conduit à des discussions très animées au cours des- quelles les participants, tout en remerciant les conférenciers, ont demandé des clarifications ou partagé leurs propres expériences avec l’assistance. Enfin, le rendez-vous fut pris pour le dernier vendredi du mois d’Août 2017 pour la tenue de la 4ème Conférence géostratégique des Forces Armées Béninoises.